L’histoire de Port-Royal des Champs
À l’origine de la crise théologique : Jansénius (1640)

L’évêque d’Ypres, Cornelius Jansénius (1585-1638), écrit un vaste traité, l’Augustinus, dans lequel il entend exposer le véritable sens de la pensée théologique de saint Augustin. Sa publication posthume en 1640 soulève une forte polémique dans les Pays-Bas catholiques. L’ouvrage est publié à Paris en septembre 1641. Ses contradicteurs français, principalement jésuites, s’emploient alors à attirer l’attention de Richelieu sur les positions prises contre la France par Jansénius avec le Mars Gallicus (1635), dans lequel celui-ci dénonce l’alliance du roi de France avec les princes protestants d’Allemagne.
La bulle In Eminenti, signée dès le 6 mars 1642 par le pape, condamne l’Augustinus ainsi que d’autres thèses contraires au dogme des jésuites de Louvain, renouvelant les interdictions de controverses publiques sur la grâce.
SAINT-Cyran (1581-1643)
Jean Duvergier de Hauranne, vicaire général de La Roche-Posay, évêque de Poitiers depuis 1615, abbé de Saint-Cyran-en-Brenne dans le Berry à partir de 1620, est entraîné, comme beaucoup de Poitevins, dans l’ascension de Richelieu. Il s’installe à Paris en 1620 et est nommé aumônier de la reine mère Marie de Médicis en 1622. Il impressionne la communauté de Port-Royal des Champs lors de sa première visite en 1625, et devient vers 1633 le directeur spirituel et le confesseur de la communauté des religieuses.
Richelieu cherche vainement à le faire entrer à son service. Mais les positions intransigeantes de Saint-Cyran contre plusieurs décisions royales indisposent le cardinal qui le fait arrêter le 13 mai 1638, l’accusant de « mauvaises maximes & fausse doctrine » (« Interrogatoires que M. de Laubardemont fit subir au mois de juillet 1638 à M. le Maître & à M. de Séricourt », Recueil de plusieurs pièces pour servir à l’histoire de Port-Royal, ou Suplément aux Mémoires de MM. Fontaine, Lancelot & Du Fossé, Utrecht, aux dépens de la Compagnie, 1740, pièce 1, p. 2-17).
Saint-Cyran reste en prison au château de Vincennes jusqu’à la mort de Richelieu en 1643.

La condamnation de Rome (1653)

Le débat théologique qui agite l’Église catholique au XVIe et au XVIIe siècles porte sur le rapport entre la grâce divine et le libre arbitre de l’homme. À partir des thèses en cours à la fin du XVIe siècle, le jésuite Luis de Molina dans De concordia liberi arbitrii cum diuinæ gratiæ donis soutient que l’homme peut user de son libre arbitre pour choisir la voie du Salut, Dieu conférant sa grâce à tous les hommes. De plus en plus influents à la faculté de théologie de Paris (la Sorbonne) à la fin des années 1640, les docteurs attachés à la théologie augustinienne, à la tête desquels se trouve Antoine Arnauld, disciple de Saint-Cyran et frère de l’abbesse de Port-Royal, affirment à l’inverse que l’homme ne peut parvenir seul au Salut, Dieu car choisit ceux auxquels il accorde sa grâce.
Un courrier du jésuite Jacques Dinet d’avril 1653 alerte le pape Innocent X sur cinq propositions inappropriées touchant aux questions de la grâce qui se trouveraient dans l’Augustinus de Jansénius. Ces propositions sont condamnées par le pape dans la bulle Cum occasionne le 31 mai 1653 et présentées comme la substance d’une hérésie qu’on commence à appeler « jansénisme ».
La Crise de la Sorbonne et les Provinciales (1656)
L’Assemblée du clergé, assemblée ecclésiastique de la France sous l’Ancien Régime, prend acte de la condamnation romaine le 28 mars 1654, attribue formellement, mais à tort, les cinq propositions incriminées à Jansénius et condamne les « jansénistes » à prendre position. Antoine Arnauld défend Jansénius et rejette l’accusation d’hérésie dans sa Seconde lettre à un duc et pair de France, datée de Port-Royal des Champs le 10 juillet 1655 et officiellement adressée au duc de Luynes. Ce pamphlet est censuré par la Sorbonne le 1er décembre 1655.
Pour défendre Antoine Arnault, les « Messieurs de Port-Royal des Champs » décident de rendre le débat public, avec la publication des Lettres à un provincial (ou Les Provinciales). La rédaction en est assurée par Blaise Pascal qui séjourna un temps à Port-Royal. Les trois premières lettres constituent une tentative pour éviter la condamnation d’Antoine Arnauld. Pourtant, le 15 février 1656, le théologien est exclu de la Sorbonne, de même qu’une soixantaine de docteurs le 24 mars suivant.
La même année, en lien avec ces écrits polémiques, le pouvoir royal exige la dispersion des Petites écoles de Port-Royal des Champs.

La Crise du « Formulaire » (1656-1661)

En 1656, et avec l’aval du pouvoir royal, l’Assemblée du clergé et l’ensemble des prélats parisiens valident une profession de foi qui rejette les cinq propositions attribuées à Jansénius. Soumis à signature, ce texte commence à circuler dans le royaume mais peine à s’imposer. Soutenu par une bulle du pape Alexandre VII qui reprend les condamnations du pape Innocent X, la profession de foi est réécrite en 1657 par l’Assemblée du clergé, qui en exige la signature par tous les ecclésiastiques et maîtres du royaume, sous peine d’être poursuivis comme hérétiques.
Le 13 avril 1661, c’est un arrêt du conseil du roi qui impose aux ecclésiastiques et étend aux religieux du royaume la signature de ce que l’on nomme dorénavant le « Formulaire » condamnant les cinq propositions attribuées à Jansénius et l’étend aux membres des congrégations religieuses.
Il s’agit là d’un moment fondamental dans l’histoire de Port-Royal. Le refus de la majorité des religieuses de signer cette profession de foi provoque la scission de la communauté : les religieuses signataires sont réunies dans le monastère parisien, celles non signataires à Port-Royal des Champs.
La communauté vit désormais sur deux sites.





