L’histoire de Port-Royal des Champs
La destruction de Port-Royal des Champs (1709-1713)

Privée de recrutement à partir de 1679, la communauté religieuse de Port-Royal des Champs décline lentement pendant trente ans. Le roi Louis XIV demande à Rome la réunion des deux monastères sous l’autorité de l’abbesse de Paris (9 février 1707) et prononce l’extinction du titre d’abbaye pour Port-Royal des Champs (27 mars 1708). En parallèle, l’Église prive les religieuses de tout accès aux sacrements en 1707 par bulle pontificale, puis ordonne la fermeture de l’abbaye en 1708. Le 29 octobre 1709, le lieutenant de police Marc-René de Voyer de Paulmy d’Argenson fait disperser les vingt-deux dernières religieuses dans plusieurs couvents à l’extérieur du diocèse de Paris.
L’arrêt du conseil d’État du 22 janvier 1710 entérine la décision de démolir les bâtiments de la communauté, puis, dans celui du 16 novembre 1711, de détruire l’église abbatiale. Les travaux de démolition durent jusqu’en juin 1713.
La crise de l’Unigenitus (1713-1717)
Malgré la disparition du monastère de Port-Royal des Champs et la condamnation des jansénistes, le courant spirituel augustinien prônant la dépendance radicale du Salut à la volonté divine perdure, porté en particulier par un ami d’Antoine Arnault, l’oratorien Pasquier Quesnel que les historiens considèrent comme le chef de file d’un « second jansénisme ».
C’est afin de contrer ce mouvement que Louis XIV obtient de la papauté romaine, en 1713, une ultime et définitive condamnation des thèses jansénistes : la bulle Unigenitus.Pour des raisons à la fois politiques et théologiques, cette bulle est rejetée par une partie du clergé jansénisant et/ou gallican, c’est-à-dire promoteur d’une indépendance du clergé français vis-à-vis de Rome, et qui demandait à régler la question en interne.
En 1717, pendant la Régence qui apparaît comme une pause dans l’absolutisme royal, la contestation contre la bulle Unigenitus est portée haut par quatre évêques qui en appellent à un concile général (Jean Soanen, évêque de Senez, Charles-Joachim Colbert de Croissy, évêque de Montpellier, Pierre de Langle, évêque de Boulogne, et Pierre de La Broue, évêque de Mirepoix). S’ouvre une nouvelle crise au sein du clergé.Les évêques jansénisants y sont soutenus par des docteurs, des moines et des prêtres de paroisses que l’on désigne sous le nom d’appelants, puis, dans les années suivantes, par ce que l’on commence à identifier comme une opinion publique, particulièrement active chez les petites gens des paroisses parisiennes.

Les Miracles liés aux Appelants et les Convulsionnaires de Saint-Médard (1725-1760)

Dans ce contexte de tension et d’incertitude religieuse, la colère contre la bulle Unigenitus semanifeste doublement comme un sentiment d’opposition au pouvoir et comme un appel direct à Dieu, dont la réponse passe par des « miracles » qui commencent à apparaître, dans les années 1720, en lien avec des Appelants. Les plus spectaculaires sont ces guérisons, paralysies et autres crises de convulsions dévotionnelles qui se multiplient, à partir de 1727, dans le cimetière Saint-Médard de Paris, sur le tombeau d’un diacre appelant qui s’appelle François de Pâris.
Face au risque de désordre, le cardinal Fleury demande la fermeture du cimetière par ordonnance royale le 22 janvier 1732. Mais les fidèles du diacre Pâris se réunissent alors clandestinement et organisent des rituels mettant en scène des épisodes de convulsions à vocation d’édification et de mortification, mais aussi visionnaires et apocalyptiques. Ils forment la mouvance dite des Convulsionnaires, que la plupart des jansénistes considèrent avec de plus en plus de circonspection, et que Louis XV fera interdire. Elle se perpétuera malgré les arrestations, essentiellement féminine, et à partir des années 1750, pratiquera même des crucifixions, bien loin dorénavant des pratiques jansénistes.
Ill : Anonyme, Portrait du diacre Paris en saint Charles Borromée, huile sur toile, XVIIIe siècle, Musée national de Port-Royal des Champs.
Le Jansénisme et la crise des parlements (Milieu du XVIIIe siècle)
Au milieu du XVIIIe siècle, la défense de la cause janséniste se transporte au sein du Parlement de Paris qui fait du contrôle des milieux jansénistes une affaire d’ordre public. En 1752, celui-ci s’oppose à l’archevêque qui entend interdire la confession aux fidèles qui rejetteraient la bulle Unigenitus.
Après la crise parlementaire (1756) et l’attentat de Damiens contre Louis XV (1757), les parlementaires maintiennent la pression sur le clergé antijanséniste en concentrant leurs attaques sur les jésuites. La suppression de la Compagnie de Jésus en France (1764) achève de séparer le clergé du pouvoir royal et renforce les velléités politiques des parlements.

Jansénisme et Révolution (fin du XVIIIe Siècle)

Solidement représenté au sein des parlements, le « parti janséniste » se reforme pour résister à la tentative de réforme des parlements par le président Maupeou dans les années 1770 et devient « parti patriote » lors de la pré-révolution (1787-1788). La pensée politique janséniste irrigue les écrits des auteurs jansénisants qui placent leur confiance dans la « volonté générale », mais aussi ceux de leurs adversaires, également jansénisants mais défiants envers la souveraineté nationale et hostiles à la Constitution civile du clergé de 1790.
Les jansénistes n’ont pas fait la Révolution française, mais leur culture religieuse et politique a contribué à nourrir une de ses plus belles figures : celle de l’abbé Grégoire. Dans son livre Les Ruines de Port-Royal (1801), il est le premier à affirmer une relation entre républicanisme et jansénisme car « ce qui tient à Port-Royal tient à la Liberté ».





